L’Histoire du Tour de France : 100 ans de cyclisme

La première édition du Tour de France a eu lieu en 1903. Alors que la Grande Boucle fêtera bientôt ses 120 ans, la 100e édition de cette course mythique n’a eu lieu qu’en 2013. Derrière ce léger décalage se révèle l’histoire fascinante du Tour de France. La Grande Boucle, c’est désormais plus de 100 ans de cyclisme et l’une des courses par étapes les plus connues au monde qui s’est le mieux adapté aux évolutions de la société et du sport. Petit tour d’horizon de l’histoire du Tour de France.

La création du Tour de France

Aussi surprenant que cela puisse paraître, la création du Tour de France est indirectement liée à l’affaire Dreyfus. Cette fameuse affaire a débuté en 1894. Elle a vu le capitaine Dreyfus condamné pour haute trahison alors qu’il était innocent. Le caractère antisémite de sa condamnation a poussé une partie importante de la société (intellectuels et politiques en tête) à le défendre. Ils s’appelaient les dreyfusards et rencontraient l’opposition franche des antidreyfusards.

Dans ce contexte d’importante tension, Jules-Albert de Dion, un antidreyfusards convaincu, industriel et homme politique célèbre, est condamné après avoir mené une bagarre contre des dreyfusards. Pierre Giffard, dreyfusard engagé et propriétaire du journal Le Vélo, exige alors publiquement la démission de Jules-Albert de Dion de la présidence de L’Automobile club de France. Il refuse également de publier dans son journal des publicités pour les automobiles de Dion.

Jules-Albert de Dion va prendre au sérieux les attaques de Pierre Giffard et créer son propre journal : L’Auto. D’abord baptisé L’Auto-Vélo, le journal sera renommé L’Auto après une plainte officielle de Pierre Giffard qui juge qu’un tel nom parasite son propre journal : Le Vélo. Henri Desgrange, directeur de L’Auto, s’inquiète alors que son journal ne soit plus associé au vélo. Sur les conseils du journaliste Géo Lefèvre, il va créer et financer une course cycliste pour rester associé à ce sport.

Ainsi, d’une simple querelle sur fond de tension politique est né le Tour de France, organisé par le journal sportif L’Auto.

Les premières difficultés du Tour

La première édition du Tour a été un grand succès. Elle s’élance de Montgeron le 1er juillet et les participants relient les principales grandes villes du pays. Le public n’est pas très nombreux le long des routes, mais les spectateurs sont au rendez-vous le jour de l’arrivée. Surtout, les ventes du journal L’Auto explosent. Il passe de 30 000 exemplaires par jour en moyenne à 65 000. Une édition spéciale le lendemain de l’arrivée s’écoule même à 135 000 exemplaires.

Sans surprise, Henri Desgrange décide de renouveler l’expérience en 1904. Une deuxième édition du Tour de France se lance donc sur les routes du pays en juillet. Malheureusement, les incidents sont nombreux, notamment à cause des spectateurs. La course exacerbe les fiertés régionales et de nombreux coureurs se font agresser par le public quand ils pédalent. L’organisation hésite à recommencer en 1905, mais s’y résout finalement.

Le Tour de France devient rapidement très populaire, même si le public est peu présent au bord des routes à cette époque. La course devient même un enjeu diplomatique quand elle passe par l’Alsace, alors territoire allemand. Malheureusement, la Première Guerre mondiale éclate quelques jours après la fin de la douzième édition. Le Tour est interrompu pendant la Guerre et le journal L’Auto donne à ses lecteurs des nouvelles des coureurs envoyés au front, surtout quand ils meurent.

La Grande Boucle a connu plusieurs interruptions

La Première Guerre mondiale est la première interruption que le Tour de France a connue. C’est aussi sans doute l’une des plus tragiques, car beaucoup de vainqueurs des précédentes éditions ont trouvé la mort pendant cette période. Henri Desgrange lui-même s’engage dans l’armée et se rend au front. Il y rédige toujours des articles pour L’Auto qui y sont régulièrement publiés. L’armistice est signé en novembre 1918 et le Tour de France renaît en juillet 1919, avec une étape à Strasbourg !

La deuxième interruption du Tour de France est due à la Seconde Guerre mondiale. L’édition de 1940 a été annulée malgré la bonne volonté d’Henri Desgrange à cause des zones militarisées impossibles à contourner. L’organisateur historique de la Grande Boucle s’engage alors à offrir une course aux spectateurs en 1941, mais il meurt des suites d’une longue maladie en août 1940.

Les autorités allemandes souhaitent ensuite que le Tour de France renaisse et elles confient son organisation à des journaux collaborationnistes. Le successeur d’Henri Desgrange, Jacques Goddet, refuse et le nom Tour de France ne peut pas être utilisé. Résultat, les industriels ne suivent pas et la course « Circuit de France » est un échec. Finalement, Jacques Goddet créera le journal L’Équipe et pourra à nouveau organiser le Tour de France avec le soutien du journal Le Parisien Libéré dès l’été 1947 (après la libération donc).

Alors, c’était quand le 100e Tour de France ?

Tout au long de son histoire, le Tour de France n’a pas connu beaucoup d’interruptions. Au final, ce sont seulement dix éditions qui auront été annulées en près de 120 ans d’existence. Résultat, le premier Tour de France a eu lieu en 2013. Il a été remporté par le Britannique Christopher Froome (sa première victoire sur les quatre qu’il obtiendra dans sa carrière).

À cette occasion, le tour de l’Arc de Triomphe a été ajouté à l’étape des Champs-Élysées. Un détail qui a ensuite été conservé et qui est désormais systématiquement mis en place lors de cette ultime étape de la Grande Boucle.

Dès sa création, puis pendant ces quelques interruptions, il est intéressant de constater combien le Tour de France a été pris très au sérieux par le public et les sphères politiques du pays. Les éditions ont rarement été annulées pour des raisons matérielles, mais bien souvent pour des raisons politiques. Rapidement, la Grande Boucle est devenue bien plus qu’un événement sportif populaire.

L’entre-deux-guerres et la naissance des équipes nationales

Après la Première Guerre mondiale, le Tour de France a connu une période de développement intense. Cependant, l’un des développements majeurs du Tour s’est fait malgré la volonté de son organisateur Henri Desgrange : l’apparition des équipes. Effectivement, pour le créateur de la Grande Boucle, le Tour est une compétition individuelle et il ne veut surtout pas la modifier.

Pourtant, les premières éditions du Tour de France après la Guerre déçoivent le public. Les étapes sont devenues extrêmement difficiles à cause de l’état des routes et seulement onze coureurs finissent la compétition en 1919 ! Surtout, les coureurs s’entendent progressivement entre eux au fil des courses et des consortiums apparaissent. La course est de moins en moins individuelle, n’en déplaise à Henri Desgrange.

L’autorité du créateur de la course est d’ailleurs de plus en plus contestée par les coureurs et les passionnés de cyclisme. Tant et si bien que le règlement du Tour de France est modifié en profondeur pour l’édition de 1930. Les équipes nationales apparaissent officiellement et représentent cinq pays (Allemagne, Belgique, Espagne, France et Italie) pour un total de quarante coureurs. Le chauvinisme important de l’époque adhère à l’idée et le Tour gagne en popularité.

L’essor du Tour de France grâce à la télévision

Dans les années 30 et après la Libération, le Tour de France devient un événement absolument incontournable. Sa taille augmente et le journal L’Auto (qui s’occupe de l’organisation jusqu’en 1939) met à contribution les villes étapes pour financer l’ensemble. Elles payent une redevance au journal en échange de la publicité qu’elles reçoivent lorsque les coureurs y passent.

Le Tour de France occupe désormais tout l’espace médiatique du mois de juillet et la situation continuera à aller dans ce sens avec l’arrivée de la télévision. Elle arrive sur la Grande Boucle en 1948 et la course aidera à populariser le petit écran. Dans les années 50, la décision est également prise de ne plus prévoir un parcours en ronde. Ainsi le Tour explore de nouvelles régions aux confins du pays.

Le Tour permet de populariser la province et la télévision, mais elles lui rendent bien. La course devient un outil de communication important à une époque de grande croissance économique. La consommation des ménages explose et les revenus publicitaires du Tour deviennent importants. Il peut ainsi se développer et prendre de l’envergure tout au long des trente glorieuses. Des coureurs mythiques comme Eddy Merckx et Raymond Poulidor émergent aussi à cette époque.

Les difficultés de L’Équipe et du Parisien Libéré pèsent sur le Tour

Malheureusement, de nouveaux problèmes viennent rapidement peser sur le Tour de France. Après quinze années de développement continu, l’organisation est devenue trop lourde est trop importante pour L’Équipe et Le Parisien Libéré. Le journal L’Équipe rencontre également d’importantes difficultés économiques et il est racheté en 1965 par Émilien Amaury. La situation est délicate et la Grande Boucle voit son développement freiner alors que les trente glorieuses s’achèvent.

Pour permettre à cet événement sportif majeur qui fête ses 70 ans, une société est créée en 1973. La Société d’Exploitation du Tour de France (SETF) n’a qu’un seul objectif : gérer l’organisation du Tour. Elle dépend du groupe Amaury et elle conserve Jacques Goddet à la direction de la course. Leur travail est critiqué, mais ils restent malgré tout en place encore quelques années.

Au milieu des années 70, le Tour de France sort enfin des difficultés qu’il connaît depuis presque dix ans. La mode du vélo bat son plein alors que le choc pétrolier frappe le monde entier et que le mouvement écologiste né en France. Le cyclisme est à la mode et apparaît comme une activité saine, pour le corps, l’esprit et la planète. Une image qui sera malheureusement entachée par les scandales de dopage trente ans plus tard.

Le Tour de France s’internationalise à la fin du XXe siècle

Avec la création d’une société ad hoc pour le gérer, le Tour de France entre dans la cour des grands. Désormais, il ne craint plus les aléas des ventes de journaux et peut continuer à se développer avec aucun autre objectif que sa croissance. Comme la course est déjà extraordinairement populaire en France, les organisateurs décident donc d’internationaliser la course.

En pleine Guerre froide, les organisateurs aimeraient que le Tour de France attire des coureurs qui ne soient pas tous originaires d’Europe de l’Ouest. Au début des années 80, seuls sept pays ont été représentés sur les différents podiums de la Grande Boucle depuis sa création. Un Tour de France ouvert aux amateurs est alors lancé en parallèle pour favoriser la professionnalisation de certains talents.

Ensuite, le Tour de France poursuit ses ambitions d’internationalisation en partant de Berlin-Ouest en 1987. Quelques années plus tard, la chute du mur de Berlin et du bloc soviétique ouvre la compétition aux athlètes de l’est de l’Europe. Dans les années 90, plus rien n’arrête le Tour de France. La compétition était déjà la plus populaire dans le monde du cyclisme, elle est désormais la plus grande et la plus puissante de toutes.

Le dopage gangrène la Grande Boucle

Malheureusement, l’accalmie est de courte durée, car le Tour de France va rapidement être plongé dans de nouvelles turbulences. Il s’agit désormais des scandales de dopage qui gangrènent tout le milieu du cyclisme et qui frappent durement le Tour de France.

Le problème, c’est que les suspicions de dopage sont nombreuses et décrédibilisent les résultats de la course, même rétroactivement. Comment continuer à encenser un coureur qui a sans doute gagné vingt ans plus tôt en trichant ? Le Tour de France met en place de nombreux tests auxquels doivent se plier les coureurs, mais le public n’est pas toujours convaincu de sa bonne volonté.

Le dopage n’est pas nouveau dans le cyclisme, mais l’« affaire Festina » révèle l’ampleur de la situation au public et abîme l’image du Tour. En 2006, une décision historique est prise : déclasser Floyd Landis est lui retirer son titre obtenu la même année. En 2012, ce sont les victoires écrasantes de Lance Armstrong (vainqueur de 1999 à 2005) qui lui sont retirées. Elles faisaient l’objet d’importantes suspicions depuis longtemps et ont mené à la suspension complète du sportif.

Le Tour se modernise au XXIe siècle

Affaibli par les scandales qui se succèdent et se répètent, le Tour de France attaque le 21e siècle avec d’importants défis à relever. Les organisateurs font alors le pari de séduire de nouveaux spectateurs en modernisant le Tour. Son organisation n’est pas profondément modifiée, mais modernisée, tout comme sa diffusion.

Résultat, la course est plus équilibrée avec des épreuves très difficiles la première semaine et un suspense conservé jusqu’à la dernière étape à Paris. Les étapes de moyenne montagne sont mises davantage en valeur pour pousser le Tour à explorer de nouvelles régions. Enfin, le Tour s’empare des nouvelles technologies : drones pour filmer les monuments, sites Internet, diffusion en ligne, application mobile, etc.

Résultat, le Tour de France 2020 a battu des records historiques d’audience, aussi bien à la télévision qu’en ligne. Surtout, c’est l’édition qui a séduit le plus de jeunes depuis la création de la Grande Boucle. Une seconde jeunesse pour une course de plus de cent ans ! Avec un départ breton et un parcours bien équilibré, l’édition 2021 promet également d’attirer les foules

À quand remonte la création des maillots du Tour de France ?

Pour conclure, penchons-nous sur la question qui revient le plus fréquemment : à quand remonte la création des maillots du Tour de France ?

Le premier maillot créé est le maillot jaune. C’est Henri Desgrange lui-même qui l’a instauré lors de l’édition de 1919. Il souhaitait permettre au spectateur de repérer facilement le meneur au classement de la course. Le jaune est choisi parce qu’il correspond aux couleurs des pages du journal L’Auto et qu’aucune équipe nationale n’utilise cette couleur.

Le maillot vert a ensuite été créé en 1953 et il est utilisé chaque année depuis pour distinguer le meilleur sprinteur. En 1968, il avait été remplacé par un maillot rouge avant de redevenir vert l’année suivante. Enfin, le maillot à pois est créé en 1933 pour distinguer le meilleur grimpeur. Il n’a jamais été modifié depuis.

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